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Emma Goldman - Une éthique de l’émancipation
Sur le site De la désobéissance libertaire

« Brisez vos barrières mentales ! »

(http://deladesobeissance.fr/2017/07/28/brisez-vos-barrieres-mentales/)

Max Leroy, dans un livre, nous raconte comment une petite fille juive d’origine modeste, née dans un port fluvial de Lituanie, au milieu des terres, très loin de la mer Baltique, devint la militante internationalement respectée qui, avec éloquence, clama sa révolte et son enthousiasme libertaire dans les États-Unis d’alors. Il s’agit d’Emma Goldman (1869-1940). Dans le sous-titre, Une éthique de l’émancipation, retenons le mot « éthique » qui fut sans conteste le fil conducteur de cette militante. Il nous éclaire sur un cheminement qui sut ne pas se figer dans la sécheresse affective et le dogmatisme partisan − l’anarchisme n’était pas pour elle « un programme blindé ».

« Brisez vos barrières mentales », écrivait-elle.

Et, ce qui scandalisa le plus les bonnes mœurs de l’époque, ce fut sa revendication féministe et sa pratique de la liberté sexuelle et de l’union libre. « Oui, je suis une femme, un peu trop même », disait-elle.

Enfant non voulue, terrorisée par son père, sans affection maternelle, Emma arrive à Saint-Pétersbourg à l’âge 12 ans. Ce qui la caractérise alors, c’est une rage de vivre et d’étudier ; elle ne fut pourtant, tout d’abord, qu’une couturière qui travaillait jusqu’à dix heures et plus par jour. Elle n’a pas 17 ans quand elle débarque aux États-Unis sa machine à coudre sous le bras. Beaucoup plus tard, en suivant une formation à Vienne, elle exercera la profession de sage-femme, puis, prenant mieux conscience des grossesses non désirées, elle deviendra une propagandiste des méthodes néomalthusiennes, de la libre maternité et des moyens contraceptifs.

Très vite, par ses rencontres, elle entre en contact avec le milieu anarchiste et, tout particulièrement, avec le très célèbre agitateur d’alors : Johan Most.

La pendaison, en 1887, des anarchistes de Chicago après la tragédie de Haymarket la bouleverse : « Leur mort m’a donné la vie », écrit-elle. C’est un ébranlement de tout son corps et de tout son esprit qui lui ouvre une perspective d’action et qui donne sens à sa vie.

C’est alors que Johan Most détecte en elle une future conférencière. Il la pousse, et elle se révèle. Ainsi, en 1910, Emma parla dans trente-sept villes et donna cent vingt conférences devant des milliers de personnes.

Non seulement elle s’exalta dans la diffusion d’une pensée libertaire où Nietzsche, qu’elle avait lu, avait laissé sa trace, mais elle persévéra, sa vie durant, sur la chemin adopté dans sa jeunesse.

L’auteur avance qu’Emma se référait autant à Tolstoï qu’à Bakounine, affirmant ainsi « la légitimité des divers courants qui traversent la tradition libertaire ».

Plus tard, sa relation avec Most se verra sérieusement altérée quand ce dernier accusera Alexandre Berkman − compagnon du moment d’Emma − d’être un agent à la solde de Henry Clay Frick, riche industriel et patron casseur de grève, que Berkman tenta d’abattre, écopant pour cet acte de quatorze années de prison.

Si Emma Goldman, après l’acte de Berkman, a pu émettre des doutes sur la légitimité des actions violentes, elle affirme que ce sont les « conditions objectives » qui rendent ces gestes inévitables.

À propos de Luigi Luccheni, elle déclare : « Il était, tout comme l’impératrice [Sissi, qu’il poignarda], une victime, et je ne voulais rejoindre aucun camp : ni celui qui le condamnait sauvagement ni celui qui exprimait à son égard un sentimentalisme écœurant. »

Son attitude par rapport à la violence est des plus classiques quand elle compare la violence militante à celle déployée par les capitalistes et les gens du pouvoir ; pour elle, la violence des travailleurs, c’est « une goutte d’eau dans l’océan ». Cependant, rappelant le passé, elle accorde : « J’étais alors une fanatique et je croyais que la fin justifiait les moyens ! Il m’aura fallu des années d’expérience et de souffrance pour me libérer de cette idée folle. »

Et encore :

« Il n’y a pas plus grande erreur que de croire que les buts sont une chose, et que les méthodes et la tactique en sont une autre. »

La violence, « tragiquement inévitable », ne doit jamais devenir « une coutume établie », une « habitude » et une « institution ».

En 1938, à propos de la « résistance passive » ou de la « non-résistance » − notons ce vocabulaire maintenant obsolète −, elle écrit que ces méthodes n’ont apporté aucun changement social d’importance.

À propos de la révolution espagnole de 1936, dont elle fut totalement solidaire, elle en arrive pourtant à dire : « De par sa nature très violente, la révolution nie tout ce que l’anarchisme porte. »

Le 1er mars 1906, Emma, avec ses compagnons, lance une revue qui deviendra célèbre ; il s’agit de Mother Earth qui paraîtra jusqu’en août 1917.

La révolution russe de 1917, dans un premier temps, l’enthousiasme. Elle se retrouve à Moscou avec Alexandre Berkman. Ils déchanteront vite, rencontreront Kropotkine qui leur dira que les communistes « ont montré comment la révolution ne doit pas être faite ». En 1921, ils suivront l’enterrement de l’auteur de L’Entr’aide.

Je ne peux m’empêcher de terminer en citant une réflexion d’Emma Goldman quand elle se veut pédagogue et quand elle nous rappelle qu’« une pensée rigoureuse implique un vocabulaire clair », pratique trop souvent négligée par les universitaires dans leur complaisance de l’entre-soi.

André Bernard

*

Cela dit, ce livre sera une excellente mise en bouche en attendant la publication de cette autobiographie dont le récit sera publié pour la première fois « en son intégralité » pour le lecteur français. Traduit de l’anglais par Laure Batier et Jacqueline Reuss, l’œuvre devrait s’intituler Vivre ma vie. Une anarchiste au temps des révolutions.

Cette œuvre nous permettra de mieux connaître les rapports militants d’Emma avec les « ouvriers du monde entier », les wobblies des IWW.

En attendant, on pourra toujours consulter :

http://www.lechappee.org/vivre-ma-vie




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