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Commissaire de choc
Préface à l’édition française

Lorsque, courant 2006, nous avons reçu la version française de Commissaire de choc, nous avons été quelque peu surpris qu’un compagnon, ayant participé soixante-dix ans plus tôt à la Guerre civile et à la Révolution libertaire espagnoles, nous adresse ce manuscrit. Nous ne connaissions pas Joan Sans Sicart, et pas plus l’édition en castillan de son récit... Et puis, il y avait ce titre, Commissaire de choc, qui nous a d’emblée inspiré quelques réticences. Cependant, après avoir lu ce texte, nous avons immédiatement senti que, derrière ces souvenirs, il y avait plus que l’engagement « militaire » d’un jeune libertaire pour combattre le coup d’état franquiste : il n’y avait pas seulement le militant et le « commissaire politique », mais aussi un homme qui, jusqu’au bout, a sincèrement cru qu’il était possible de vaincre l’ennemi...
Mais qui était Joan, à présent âgé de plus de quatre-vingt-dix ans ? Qui était cet homme qui avait choisi de revêtir l’uniforme à 20 ans, à l’âge où nous avions choisi l’insoumission ?

Avant de prendre une décision sur l’éventualité de publier son texte, nous sommes partis à sa rencontre : d’une part pour mieux le connaître, mais aussi pour évoquer la possibilité d’ajouter quelques pages plus personnelles au récit original.
Nous avons passé deux jours chez lui, à Toulouse, où il réside depuis de longues années. Nous l’avons écouté raconter tout son parcours et, tel un fleuve joyeux, il nous a ramenés vers la Catalogne du début du XXe siècle, vers ses premiers engagements. Tous relevaient de la force que la vie nous donne lorsque nous voulons trouver un équilibre entre le quotidien et un projet social, engagements d’autant plus éblouissants qu’ils s’inscrivaient dans l’utopie anarchiste. Il nous a fait revivre son siècle, et les espoirs de toute une génération qui croyait pouvoir transformer en profondeur les soubassements de la société espagnole en abattant les privilèges, les hiérarchies et les mécanismes pervers inhérents à tous les pouvoirs.
Et nous avons découvert Joan, tantôt parlant en français avec le même accent entendu pendant des années auprès des anciens « cénétistes » espagnols habitant à Lyon, tantôt en castillan, et puis, lorsqu’il se rapprochait de l’intime, en catalan.
Ce fut une rencontre, et un « combat ». Mais l’ancien commissaire se dévoilait au fur et à mesure qu’il avançait dans son récit, et nous pouvions constater que toute la force de son engagement pour « battre l’ennemi » était toujours là, présente dans son esprit, mais aussi dans son corps qu’il a entretenu, tel un athlète, tout au long de son existence.
Dès l’adolescence, Joan s’est engagé du côté de la vie, de la liberté et de la solidarité. Puis vint la guerre, mais son idée resta intacte : il fallait se battre. La République espagnole avait besoin de toutes les forces vives. Joan a immédiatement rallié le camp des révolutionnaires, avec qui il avait déjà eu des expériences militantes, car il ne suffisait pas de défendre la République, il ne s’agissait pas seulement de barrer la route aux fascistes, il fallait aussi combattre pour l’idéal libertaire, et bâtir un monde nouveau. Il a alors considéré que ce combat serait vain si les forces révolutionnaires n’utilisaient pas du mieux possible la somme des énergies qui avaient jailli du peuple. Il fallait avant tout gagner cette guerre. Mais comment pouvait-on la gagner, a-t-il toujours pensé, sans une armée organisée qui puisse tenir tête aux troupes nazies-fascistes ?
Dans notre « combat » entre intervieweur et interviewé, nous avons essayé d’aller au bout de certaines questions qui déchirent encore les anarchistes, comme celle de la militarisation des milices. Nous avons également essayé de déstabiliser notre ami avec les interrogations qui n’ont pas manqué d’effleurer nos jeunes têtes sur nos petites barricades post-soixante-huitardes : de quel côté se situent les « bons », et de quel côté les « méchants » ? Comment être vraiment sûrs que notre cause est juste, que les utopies ne sont pas que des illusions, et qu’elles n’engendreront jamais l’horreur ? Mais, soixante-dix ans après ce fameux 19 juillet 1936, Joan reste convaincu que non seulement il était du bon côté, mais qu’il était possible de gagner la guerre d’Espagne. Et aussi que la victoire méritait de sacrifier un peu, momentanément, l’idéal libertaire, sans toutefois renoncer à lui. Et cet idéal reste pour lui source de véritables progrès sociaux et garant de la liberté. Il croit plus que jamais que la pensée libertaire n’est pas une quête de l’impossible, mais au contraire une utopie « ouverte » qui dessine le visage de l’avenir.
Dans son bureau où il travaille quotidiennement pour nous restituer son aventure humaine à travers les diverses publications dont il s’est acquitté jusqu’à présent, les larmes ont parfois affleuré lors de notre conversation : les larmes d’un cœur d’homme qui, sur les fronts de guerre, a connu aussi l’amour. Nous avons inséré dans notre édition en français quelques pages de cette expérience intime que Joan a vécue avec les douleurs que peut infliger une guerre, car l’amour est une autre utopie qui fait vibrer et trembler chaque être humain.
Enfin, nous voulons remercier son amie Rita Pinot qui a traduit le texte espagnol avec la même passion que l’on éprouve à faire vivre les roses au bout d’un fusil.
Et surtout un grand merci à Joan pour son récit sincère, et que la lutte continue...

Mimmo Pucciarelli

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Joan et Mimmo Pucciarelli, fin 2006




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